HISTORIQUE
Jamais dans l’histoire de la médecine, n’a-t-on vu de progrès si rapides : En 23 ans seulement, on a identifié une maladie, découvert son agent pathogène, décrit son épidémiologie, isolé des médicaments actifs, élaboré des protocoles thérapeutiques qui ont permis de renverser le cours jusque là inéluctable de la maladie. Alors qu’en 1982 l’on comptait 94 références sur le SIDA, en 2004 on en comptait plus de 180 000, illustrant à quel point l’effort de recherche fut sans précédent.
1981 : Premiers cas de de SIDA décrits chez 5 homosexuels américains. Le CDC (Center for Disease Control) observe une augmentation anormale de la consommation de pentamidine. Ce médicament est utilisé dans le traitement de la pneumocystose, pathologie à l’époque excessivement rare. Les épidémiologistes s’aperçoivent que les cas de pneumocystose touchent de jeunes homosexuels à Los Angeles. L’hypothèse d’une maladie sexuellement transmissible touchant l’immunité cellulaire est d’emblée soulevée. A la même époque, à New York, un Dermatologue Américain voit dans la même semaine passer dans son cabinet plusieurs homosexuels ayant des lésion de sarcome de kaposi sur la pointe du nez (maladie exceptionelle à l’époque). Le nom AIDS est donné à cette nouvelle maladie. En France, Willy Rosenbaum décrit également le premier cas de SIDA chez un stewart homosexuel. On s’aperçoit très rapidement que la maladie touche aussi des patients ayant reçu des produits sanguins, ainsi que des patients originaire de la caraïbe et d’Afrique (1982). Le premier cas de SIDA survient en Guyane chez un patient ayant une histoplasmose disséminée. Le cas le plus ancien rétrospectivement remonte à 1979 (femme enceinte ayant donné naissance à un enfant contaminé).
1983 : jusqu’en 1983 il n’y a pas d’agent pathogène, le diagnostic est clinique et annonce une mort à court terme. En 1980 Robert Gallo identifiait le 1er Rétrovirus humain qui infectait Lymphocytes T. Suspectant qu’un rétrovirus humain pourrait être l’agent du SIDA, Luc Montanier cultive les lymphocytes d’un patient atteint du SIDA soigné par le Pr. Willy Rosenbaum alors que Françoise Barré Sinoussi, recherche l’activité transcriptase inverse sur des surnageants de culture de cellules. En effet, cette hypothèse s’avère être exacte, et rapidement, le virus est mis en évidence. Le SIDA à maintenant une cause, qu’il faut chercher à combattre.
1984 : L'activité antirétrovirale de l'AZT
est mise en évidence.
L'équipe de Robert Gallo met au point un protocole pour produire le HIV en
continu. La source abondante de virus permet de lancer les premiers tests
diagnostiques.
1985 : à cette époque, les prophylaxies des infections opportunistes permettent de reculer un peu plus la mort (5 ans après le diagnostic de SIDA au lieu de 2ans). Mais le diagnostic est toujours clinique, et l’on ne voit que la partie émergée de l’iceberg. C’est en 1985 que furent développés les premiers tests permettant d’identifier la présence d’anticorps contre le VIH. Ceci va permettre, d’une part de dévoiler la partie cachée de l’iceberg où les patients sont infectés par le VIH mais asymptomatiques. Par ailleurs, ces tests permettent de détecter le VIH chez les donneurs de sang. Ceci à pour effet pervers le fait que nombre de personnes, n’osant pas faire la demande de test, viennent donner leur sang afin de se faire tester pour des risques qu’ils ont pris. Ce problème sera résolu en 1988 par la mise en place des centres de dépistage anonymes et gratuits (CDAG). A l’époque la dynamique de l’infection n’est pas encore connue et l’on pense souvent que seuls certains patients, feront un SIDA.
1986
La communauté scientifique adopte le nom de HIV (Human Immunedeficiency Virus)
ou VIH (Virus de l'immunodéficience humaine) qui remplacent LAV et HTLV 3 .
Le Pr. Montagnier et son équipe de l'Institut Pasteur isolent un deuxième virus,
le VIH 2.
Première lueur d'espoir pour les malades, un nouvel antiviral venu des USA., l'azidothyridine
ou AZT. Mais cette molécule se révèle coûteuse et extrêmement toxique aux doses
utilisées. En effet, on doit recourir à des transfusions sanguines très
fréquentes.
1987
Commercialisation de l'AZT en France. Campagne de prévention TV : "Le
sida, il ne passera pas par moi." Seringues en vente libre dans les pharmacies
en France. Création des CISIH.
1988. Création des CIDAG.
1990
Presque dix ans après la description des premiers cas, on estime à 1 million le
nombre de malades du sida dans le monde.
Premiers essais thérapeutiques sur la DDI en France. Lors de la
conférence de San Francisco, les chercheurs s'interrogent sur l'opportunité
d'associer plusieurs molécules à l'AZT, dont le DDI et le DDC, deux inhibiteurs
de la transcriptase inverse, enzyme qui contrôle la réplication du virus.
1991
Magic Johnson, basketteur américain, annonce sa séropositivité et joue un rôle
courageux dans la manière de voir le malade. Le directeur du CNTS (Centre
National de la Transfusion Sanguine) démissionne à la suite du scandale du sang
contaminé.
Le gouvernement français renonce à imposer un dépistage obligatoire prénuptial,
prénatal et à l'occasion du service militaire.
1992
Les tests HIV sont remboursés à 100 % en France. La D4T est mise sur le marché
américain.
1993
Le VIH devient la première cause de mortalité chez les jeunes adultes aux USA.
Les premiers essais de vaccins potentiels sont testés chez l'homme.
1994
Premier succès thérapeutique net, une étude franco-américaine démontre que l'AZT
permet chez les séropositives de réduire le risque de transmission du virus de
la mère au fœtus.
En revanche, les résultats de l'essai " Concorde " montrent l’absence de
bénéfice de la prescription d'AZT chez les séropositifs asymptomatiques.
En France, 300 000 tests sont effectués dans les centres de dépistage anonymes
et gratuits (CDAG). Il est nécessaire de développer des tests sérologiques
séparés pour détecter le HIV-1 et le HIV-2, en raison des grandes différences
existant entre les protéines qui composent ces deux virus apparentés. À mesure
que de nouvelles souches de HIV sont identifiées dans le monde, le pouvoir de
détection de ces tests doit être affiné.
1995
The Lancet conclut à l'efficacité potentielle des antiprotéases.
1996
Une anomalie génétique pourrait protéger du
virus du sida. Le récepteur CCR-5, de la famille des chemokines (molécules
naturellement fabriquées par l'organisme humain, étroitement impliquées dans les
processus inflammatoires et les mécanismes immunitaires), jouerait un rôle
déterminant dans l'infection par le VIH.
1997
France : recul de la mortalité en France, grâce aux nouveaux traitements
(Trithérapie associant des inhibiteurs nucléosidiques de la reverse
transcriptase et des anti-protéases). Baisse importante du nombre
d'hospitalisations des malades. Restauration de l’immunité sous traitement
antirétroviral avec parfois des syndromes de restauration immunitaire lorsque le
patient était porteur d’une infection latente du fait de l’absence de réaction
immune.
La dynamique de l’infection VIH apparaît plus clairement avec le pic de réplication lors de la primo-infection et la présence de réplication virale active lors de la phase asymptomatique dont l’intensité détermine la vitesse de la chute de l’immunité et d’apparition des signes de SIDA. De même, la notion de l’importance de la réduction de la charge virale dans la prévention de l’apparition de résistances aux antirétroviraux et du déclin immunitaire se répand. La diffusion des techniques de biologie moléculaire (RT-PCR) permettant de mesurer en routine la charge virale permet, en outre des avancées conceptuelles ci-dessus, de guider et d’améliorer le traitement des patients. A cette époque des espoirs d’éradication du VIH sont affichés, la tendance est de traiter les patients tôt et fort.
Introduction des inhibiteurs non nucléosidiques de la reverse transcriptase.
Les antirétroviraux sont disponibles en
pharmacie. Le vaccin expérimental du groupe Pasteur entre en phase d'étude
clinique.
Mais 90% des personnes infectées par le Sida vivent dans le Tiers-Monde. Depuis
20 ans, 6 millions de personnes mortes à travers le monde... L’épidémie flambe
en Asie-Pacifique.
Malgré ces faits, le succès de prévention en
Ouganda apporte un espoir. On note une sensible amélioration consécutive à un
véritable changement des mentalités et une amélioration notable des
comportements sexuels. La prévention, ça marche.
1996-1998 : Ces nouvelles associations thérapeutiques sont très efficaces
mais peuvent provoquer des complications métaboliques parfois graves. Ainsi l’on
décrit lipodystrophies, diabète, acidose lactique, pancréatite, complications
osseuses hypercholestérolémie, hypertriglycéridémie.
La complexité des traitements (nombre de comprimés, horaires et modalités de
prise) leurs effets indésirables fréquents fait que beaucoup de patients ont du
mal à bien suivre les prescriptions. Cette prise de traitement imparfaite a la
particularité de favoriser rapidement l’émergence de virus résistants aux
traitements ce qui compromet les chances de traitements futurs.
On s’aperçoit que malgré un traitement efficace sur le virus dans le sang, le virus persiste « caché » dans des compartiments de l’organisme inaccessible aux traitements et servant donc de réservoir de virus. Le rêve d’éradication ne semble donc pas accessible. Le problème des toxicités des traitements et du manque d’observance à long terme, l’impossibilité de l’éradication, font que l’on décide de ne plus traiter les patients trop précocement afin de limiter les effets indésirables et de conserver des traitements efficaces pour lorsqu’il sont nécessaires.
Malgré ces difficultés, l’utilisation de tests de résistance permet d’optimiser les décisions thérapeutiques. Les tests génotypiques représentent la première utilisation en clinique routinière de la technologie très avancée du séquençage génétique.
Dans les pays développés, les trithérapies parviennent à réduire à 99% le risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant.
2003
Mise sur le marché d’une nouvelle classe d’antirétroviraux, le premier inhibiteur de fusion.