La prise en charge de l’infection par le virus du SIDA en Guyane
En 2004, à Saint Domingue, se déroulait une conférence internationale sur le VIH dans la région Caraïbe. Tous les participants de Guyane ont eu la même impression : il y a un gouffre entre la prise en charge du VIH en Guyane et le reste de la région. On dit souvent que les choses vont mal en Guyane. Mais le miroir des regards ébahis devant la description de l’offre de soins disponible en Guyane en met en perspective nos difficultés quotidiennes. Mais en quoi consiste donc ce système de prise en charge que l’on nous envie tant ?
La prise en charge de l’infection par le VIH est complexe et nécessite des compétences multidisciplinaires: médecins spécialisés dans l’infection par le VIH, diverses disciplines médicales; pharmaciens, biologistes, psychologues pour prendre soin des souffrances psychologiques, assistante sociale pour pallier aux fragilités sociales qui sont des obstacles majeurs à une bonne prise en charge, médiateurs culturels pour resituer la maladie et son traitement au sein des diverses cultures, et enfin les associations pour un soutien hors de l’hôpital. La confidentialité de l’infection est protégée par le secret médical auquel sont tenus tous les soignants. Ces différentes disciplines se rejoignent au sein d’une structure régionale transversale, le Centre d’ Information et de Soins de l’Immunodéficience Humaine (CISIH) qui coordonne ces activités de plusieurs services hospitaliers à Cayenne, Kourou et Saint Laurent. En pratique, le suivi médical d’une personne séropositive dont les défenses immunitaires sont bonnes ne nécessite une consultation et une prise de sang que 2 à 3 fois par an. Si la personne a besoin d’un traitement parce que ses défenses immunitaires sont faibles, elle sera initialement vue en consultation toutes les 2 semaines puis de façon plus espacée lorsque l’on est sur que le traitement est bien toléré et efficace. Les traitements sont débutés à l’hôpital mais la personne qui ne désire pas se faire suivre à l’hôpital peut ensuite se faire suivre en ville ou en centre de santé par certains médecins expérimentés dans le VIH. De même, les prises de sang nécessaire au suivi de la tolérance et de l’efficacité des traitements peuvent être faites dans les laboratoires de ville. Les femmes enceintes séropositives doivent toujours être traitées. En effet, dans ce cas le but du traitement est de réduire au maximum le risque de transmission à l’enfant au cours de la naissance, et c’est là la plus grande victoire des traitements contre le VIH. Les médicaments existants stoppent l'évolution vers la maladie en diminuant considérablement le nombre de virus dans le sang et en reconstituant les défenses immunitaires. Mais dés que l’on arrête le traitement le virus réapparaît. Il faut donc, à ce jour, continuer le traitement à vie. Néanmoins, ces traitements constituent l’un des succès majeurs de la médecine : en 20 ans plus de 15 médicaments contre le VIH ont été développés. Des stratégies d’association de 3 médicaments, les trithérapies, permettent des traitements plus puissants qui réduisent le risque de résistance du virus. Leur limites sont que certaines personnes ne supportent pas certains traitements et qu’il y a possibilité d’apparition de résistance du virus a certains médicaments notamment lorsque le traitement est mal pris (interruptions, oublis). Mais une majorité de patients sont traités efficacement et ont une qualité de vie quasi normale. Par contre, si la personne attend trop pour se faire suivre, elle se retrouvera au stade SIDA au moment du diagnostic, ce qui en Guyane est trop souvent le cas. De plus, si l’on ne sait pas que l’on est infecté par le virus on risque fort de contaminer son ou ses partenaires sexuels, ou bien son bébé pour les femmes enceintes. Par conséquent, il est essentiel de se faire dépister tôt si l’on a eu au cours de sa vie (soi ou son partenaire) des rapports sexuels non protégés. Ceci concerne donc une majorité d’entre nous ! Il n’est pas honteux de faire le test cela pourrait même être une preuve d’amour.
La prise en charge hospitalière de l’infection par le VIH en Guyane est comparable à la prise en charge en métropole. Celle ci associant multidisciplinarité, nouveaux médicaments, biotechnologies (biologie moléculaire et séquençage génique utilisés en routine clinique) et équité (accès aux soins pour tous) est sans pareil en Amérique du sud et en Caraïbe. Néanmoins, pour en bénéficier encore faut-il savoir que l’on est infecté par le VIH en faisant le test. (Adresses utiles).